ma petite actualité

mais combien de temps

dure vraiment l'actualité

aujourd'hui est un nouveau jour de plus

Juste vous dire la joie qui est la mienne, de voir ce texte, LA VIE À L'USAGE, être publié par les Éditions Lanskine, et la belle rencontre que cela suppose avec Catherine Tourné, que je remercie du fond du coeur

et si vous avez envie d'entendre un extrait de ce texte, filmé par Antonio Catarino, c'est ci-dessous : 

https://www.youtube.com/watch?v=7Za8p-AUWic

 

et puis une chose encore, j'aimerais profiter de cette fenêtre ''actualité'' pour remercier ici Sabine Huynh, pour le très bel article qu'elle a écrit sur mon travail : 

https://diacritik.com/2016/07/18/manuel-daull-mots-mis-bout-a-bout-en-eaux-durassiennes/


D’une poé­sie verticale

Toute une vie bien ver­ti­cale  se charge du poids dont l’humain trop humain est lesté. Le but revient à créer, sinon une langue nou­velle, un mon­tage où se pro­page un éche­lon­ne­ment de signi­fi­ca­tions non pour le seul plai­sir du lec­teur mais pour qu’il se sente péné­tré du poids et de la com­plexité de l’existence de « per­dants » pas for­cé­ment magni­fiques et de tous les jours. Culti­vant diverses  marges exis­ten­tielles, Daull ins­crit une marche (en train ou ailleurs) afin de don­ner une com­pré­hen­sion plus pro­fonde des rap­ports qui “unissent” et régentent les êtres les uns à côté des autres mais pas for­cé­ment entre eux en un monde où il s’agit de tenir un rôle même lorsqu’il dévisse sous l’écrasement du réel.

L’auteur donne à l’écriture les moyens de rendre simul­ta­né­ment le char­nel et son sur­plomb. Le texte déchire des visions « orches­trales » et orches­trées. Clô­tures et ouver­tures carac­té­risent une entre­prise révé­la­trice des pro­fon­deurs de l’homme. Cette der­nière maté­ria­lise aussi des régions de l’inconscient. Chaque frag­ment devient “ un lieu men­tal” par lequel le lec­teur peu à peu se laisse inves­tir sous cou­vert d’effet de réel. Ce que l’artiste nomme « le monde alen­tour », où jusque dans l’espace clos d’un train coha­bitent « mono­logues ou faux dia­logues », devient moins sur­face de répa­ra­tion que de cohé­rence défaite mais pour­tant « inter­ac­tive ». Toute pen­sée en son dis­cours spé­ci­fique com­bine l’expression de la chair et de l’esprit en un cycle inin­ter­rompu où, de la consi­dé­ra­tion ration­nelle, on passe à l’accomplissement d’une construc­tion étran­ge­ment poé­tique au sens plein du terme.

Manuel Daull ne cherche pas à créer une ten­sion essen­tielle entre réa­lité et ima­gi­na­tion mais entre divers ordres de réa­lité. De ce fait, il crée un pont entre l’une et l’autre. L’aptitude à rai­son­ner et à prendre du recul est rem­pla­cée par des moments où les mots viennent réveiller de drôles d’émotions. S’y pro­duit par­fois une jonc­tion entre besoin de l’esprit et logique du corps, entre éner­gie de pen­sée et acti­vité char­nelle. Sur­git l’homme ou plu­tôt sur­gissent des êtres à la fois natu­rels, sans fond et avec plus ou moins de masques sociaux, selon une trans­gres­sion rare­ment mise en jeu dans le ter­ri­toire des mots et des maux —  là où le jeu de l’horizon fait place à une étrange ver­ti­ca­lité (que les êtres soient debout on non).

jean-paul gavard-perret

pour lelitteraire.com