ma petite actualité

mais combien de temps

dure vraiment l'actualité

aujourd'hui est un nouveau jour de plus

Juste vous dire la joie qui est la mienne, de voir ce texte, LA VIE À L'USAGE, être publié par les Éditions Lanskine, et la belle rencontre que cela suppose avec Catherine Tourné, que je remercie du fond du coeur

et si vous avez envie d'entendre un extrait de ce texte, filmé par Antonio Catarino, c'est ci-dessous : 

https://www.youtube.com/watch?v=7Za8p-AUWic

 

et puis une chose encore, j'aimerais profiter de cette fenêtre ''actualité'' pour remercier ici Sabine Huynh, pour le très bel article qu'elle a écrit sur mon travail : 

https://diacritik.com/2016/07/18/manuel-daull-mots-mis-bout-a-bout-en-eaux-durassiennes/

page en construction

extrait de lecture accompagné par Philippe Badey

 

 

extrait : LOUNA,

Édition Dernier Télégramme, 2009

( ... )

je suis une ombre qui passe

un courant d’air

un segment entre deux mondes

une éclipse ou plutôt une vie qui s’éclipse

 

je suis l’absence de corps

je suis le tiret

je suis le trait d’union

je ne suis rien, que le vent dans les branches d’un arbre

rien de plus

ou moins

 

je suis celle par qui l’histoire reprend, elle reprend

elle reprend ici et maintenant par ma voix

avec ou sans moi elle reprend pareil

ce qui doit advenir advient dit le prophète

je suis la voix improbable

la voix immuable

la voix de toutes les voix — toutes les voix en une

à chaque histoire sa voix

cette voix impossible — vivante comme morte — impossible

la voix dont on charge les êtres chers la voix d’avant la parole

d’avant la voix
la voix de la chair — humaine ou non
la voix d’avant toutes les voix
la voix qui résonne la nuit dans votre sommeil

 

qu’importe qui je suis
ce que je suis
je suis cette voix-là
qu’importe sous quelle forme elle s’incarne
je suis celle que vous créez parfois pour vous parler
dont vous n’avez même pas conscience
que vous imaginez pour vous parler à vous
à vous-même
de vous comme des autres
pour vous parler à vous de l’absence
du manque
pour vous dire à vous combien c’est dur
insupportable la voix de ce poids-là

 

la voix du silence
de la douleur partagée ou non
impartageable cette douleur-là
la voix des morts dont vous n’arrivez pas à vous passer
la voix de ceux que vous continuez à serrer fort contre vous

 

que vous ne parvenez pas à lacher
à laisser partir
peu importe comment
peu importe quelle forme prend cette voix
peu importe comment elle finit par s’habiller
de quoi elle s’habille — elle s’habille — elle s’incarne elle s’incarne en vous c’est tout

 

vous ne pouvez pas l’empêcher

vous ne pouvez pas la faire taire puisque c’est vous qui la créez

c’est la voix de vos fantômes

cette population avec qui vous vivez parfois en paix

parfois moins

 

je suis cette voix pour elle

je suis cette voix pour lui

ce trait d’union avec le monde des vivants

cette respiration du petit peuple de vos morts

                                                                                    (...)