ma petite actualité

mais combien de temps

dure vraiment l'actualité

aujourd'hui est un nouveau jour de plus

Juste vous dire la joie qui est la mienne, de voir ce texte, LA VIE À L'USAGE, être publié par les Éditions Lanskine, et la belle rencontre que cela suppose avec Catherine Tourné, que je remercie du fond du coeur

et si vous avez envie d'entendre un extrait de ce texte, filmé par Antonio Catarino, c'est ci-dessous : 

https://www.youtube.com/watch?v=7Za8p-AUWic

 

et puis une chose encore, j'aimerais profiter de cette fenêtre ''actualité'' pour remercier ici Sabine Huynh, pour le très bel article qu'elle a écrit sur mon travail : 

https://diacritik.com/2016/07/18/manuel-daull-mots-mis-bout-a-bout-en-eaux-durassiennes/

TOUTE UNE VIE BIEN VERTICALE, 2008

entre 2m Éditions, réalisé par Mélodie Liquet

page en construction

            de la nuit au jour qui vient il n’y a que l’espace d’un battement de cils — je ferme les yeux pour rester avec toi — je repars et reviens à l’attente — je suis encore dans ce train qui m’éloigne/qui me rapproche de toi — si loin si proche — qui me rapproche cette fois — c’est le matin/le soir maintenant — qui me rapproche encore cette fois — je te suis — involontairement je te suis cette fois — j’ai mon téléphone en main, même pas au cas où — je sais que tu n’appelleras pas — besoin de temps tu disais — quatre jours sans l’espoir de te voir — quatre jours dont je suis incapable de mesurer la distance qu’ils supposent — je n’ai jamais été bon en calcul et certains chiffres {pairs souvent} me parlent encore moins que d’autres {ont-ils d’ailleurs cette fonction} — de l’abstraction je ressens à leur contact — une abstraction pleine de sens qui me fait mieux comprendre aujourd’hui le travail d’Opalka — seul le vécu des choses nous en fait appréhender la force — mon décompte du temps qui passe autre que les saisons — autre que l’alternance des jours et des nuits — rythmé par le mouvement de ce train — adouci par le maintien de mes paupières fermées — me rappelle le sens du mot attente — je suis dans l’attente de toi — attendre et n’être rien que le poids de cette attente qui n’attends rien — je t’attends — je suis patient — la patience c’est utile dans mon métier disait-il, je le dis aussi — la patience est mon amie avec la pluie, je t’attends — et de la nuit au jour qui vient il n’y a que l’espace d’un battement de cils — voire deux {le chiffre en compagnie duquel on se sent moins seul} — ti penso

 

                ne garder que la voix — que ta voix qui vient contre mon corps résonner — qui vient à l’intérieur poser des bombes et me faire vibrer — encore une fois une histoire de ventre — comme si tout partait de là — où se passait-là — mon ventre se tend et se détend

BRUTAL BRUTAL À EN DEVENIR BRUTAL JE TENDS JE ME DÉTENDS MON VENTRE SE TEND ET SE DÉTEND FOND LA GLACE LES ICEBERGS DU BÉTON DANS MON VENTRE LE BÉTON DANS MON VENTRE À EN AVOIR LE POIDS LE POIDS LE POIDS DES MOTS PETITE MUSIQUE DES MOTS QUAND ELLE EST LÀ EN BOUCLE PART DE MON VENTRE QUI SE DÉTEND

— mon ventre se tend et se détend à l’écoute de ta voix — même la voix de ta messagerie de portable — cette voix-là — même cette voix-là me troue le bide — je ne peux pas l’expliquer — je ne peux pas expliquer cette chose qui fait que mon ventre se tend et se détend au fur et à mesure que tu me parles — je crois que je ne souhaite pas comprendre non plus — pas comprendre cette ma- gie des mots donnés par ta bouche mieux que des baisers sur ma peau {non pas mieux, différents} {aussi forts parfois dans l’impact sur moi} j’aime t’entendre parler — tu pourrais me lire l’annuaire téléphonique je t’écouterais {avec une préférence pour le dictionnaire, à choisir} — me raconter n’importe quoi tu pourrais — peut-être que les mots n’ont pas l’importance qu’on leur prête {prête-t- on seulement ce que l’on a peur de perdre} — ou plutôt si mais ne méritent pas toujours l’attention qu’on leur accorde en regard de la voix qui les prononce — j’aime ta voix — j’aime t’entendre me parler et te regarder le faire — regarder le mouvement de tes lèvres quand tu me parles — comme j’aime les sentir sur moi — les regarder comme absorbé — sentir le souffle de tes mots sur mon visage — j’ai toujours aimé je crois sentir le vent me tenir debout — petit je courrais la bouche grande ouverte pour avaller les nuages, ma mère me dit parfois encore que petit je mangeais le vent — je mange tes mots pareil comme je les mangerais à ta bouche — je mange les mots {au sens propre, au figuré} les miens c’est pas nouveau — tu as vu combien je suis sensible à l’émotion — combien je suis parfois bègue — dislexique aussi {encore un reste de l’enfance qui revient} je n’en ai pas honte avec toi — je ne sais pas si je connais de gène quand je suis avec toi — je suis cet homme-là perdu devant toi — qui sait pourtant combien les femmes n’aiment les hommes perdus {j’écrirai je te promets cet anti-manuel de séduction pour te faire croire qu’il s’agit là de posture de ma part plutôt qu’une maladresse que je ne peux réprimer} — cet homme plus petit encore de savoir la fragilité de ce qui te lie à lui pour l’instant — dans l’effarement du monde quand tu l’embrasses — éperdu par la force de tes baisers — balayé par ta voix qui me mitraille tranquillement — tes mots m’ajustent tellement et m’achèvent

 

               jeudi train du soir — qui m’éloigne, je voulais rester — dans le train en fait non je suis nulle part — toute la journée sur un nuage — indisponible à tout ou presque — imperméable, mon corps à la mémoire de ton corps — ou plutôt ma peau à la mémoire de la tienne — un peu comme quand on rentre de la mer {de l’océan pareil} après s’être baigné, que notre corps a gardé en mémoire le mouvement des vagues qui nous ont bercés, on tangue, le corps tout entier on tangue — je suis-là cette oscillation de ton corps cette nuit tout contre moi — si je ferme les yeux je ressens ta chaleur — j’ensuis enveloppé — mes mains me donnent le sentiment d’avoir constamment perdu quelque chose — elles pendent au bout de mes bras comme deux branches mortes — elles sont comme inutiles puisque sans toi à toucher — en même temps je suis ivre, je tangue — si la ligne droite est le chemin le plus court, c’est une perfection de déplacement qu’il m’est im- possible d’atteindre aujourd’hui — moi qui ne suis pas danseur, je me fais l’effet d’un Merce Cunningham saoul tournant dans l’incapacité de maitriser les mouvements de son corps dans l’espace {pas de piano désaccordé pourtant à mon horizon} — je suis désynchronisé d’avec le réel qui m’entoure — je tourne en rond — je fais des ronds dans l’eau n’attendant que toi {attendre ne fait pas naître que des rides dans l’eau} — j’ai en tête le contact de ton corps qui m’entête — celui de ta peau contre ma peau qui m’obsède — le mouvement de tes mains sur moi — celui des miennes sur toi — j’aime particulièrement ces centimètres carrés de peau en bas du dos à la naissance de tes fesses — sans le désir qui m’occupait, ma main {la droite je crois} s’y serait volontiers endormie — comme j’aime tes lèvres, elles sont d’une douceur incroyable, d’une chaleur aussi — te souviens-tu de notre premier baiser, dans ton lit — on est resté longtemps, très longtemps dans le regard de l’un sur l’autre — dans l’effleurement de nos mains se caressant — et puis tu as posé ta main {la gauche je suis sûr} sur mon visage — tu as caressé ma joue, mes cheveux {ou ce qu’il en reste, ça se compte en millimètres} et tu m’as embrassé — tes lèvres sur moi me rendraient fou {je mesure la banalité de tout ce que je peux te dire-là} — tu m’as embrassé lentement, pesamment aussi — lentement et j’ai aimé comprendre que la nuit allait être longue — doucement, aussi qu’il ne se passerait pas forcément quelque chose cette nuit-là — pesamment parce qu’il y avait le poids de ton corps tout entier derrière ces lèvres là— un corps tout entier tendu vers moi — tes yeux se ferment quand tu m’embrasses {se ferment-ils quand tu embrasses d’autres hommes} — quand tu embrasses d’autres hommes peut-être aussi sûrement aussi {embrasses-tu encore d’autres hommes} mais je m’en fouts — là, c’est moi que tu embrassais — sur moi, que tes yeux se posaient — sur moi, que ta main se promenait comme chez elle — je ne sais rien ou presque de toi {beaucoup en fait, de plus en plus} — je suis comme ignorant avec toi — dans une ignorance de ce que tu aimes ou déteste — de ce qui te plait ou dont tu as horreur — la seule chose que je sais c’est ce que me dit ton corps — ce que ta peau laisse transparaître ou non — son impassibilité {par retenue} à mes caresses que seul ta respiration ou ton regard trahissent parfois — parfois un peu — trop peu — je sais juste la douceur de tes gestes à mon égard — la façon que tu as d’être tendre avec moi — la qualité de ta présence qui me touche tellement — cette façon d’être-là — d’être pleinement-là, à ce que tu fais, au moment où tu le fais — j’avais compris ça à la librairie quand tu venais — dans la façon de répondre à un bonjour, à un regard, àun sourire — cette façon de regarder un livre longuement comme de supporter un regard droit dans les yeux sans les baisser — sans refuser cet échange, ce partage — rares sont les gens qui supportent le poids d’un regard droit dans les yeux — la flèche en plein coeur que cela représente — il y a dans l’échange quelque chose de cet ordre — dans la communication quelque chose d’impossible s’il n’y a pas de don — est-on prêt à ce que ça engage — est- on disposé à cet abandon-là — je le suis avec toi et je sais que toi aussi — ce que tu donnes tu l’abandonnes vraiment et j’aime ça — tu m’as embrassé lentement comme pour ne pas m’effrayer — comme pour rester dans une retenue que je n’imaginais pas — moi je caressais ta peau — je dis ta peau parce qu’il n’y a pas un endroit de ton corps auquel je ne pense pas en écrivant ça — je caressais ta peau juste pour la découverte de cette surface au bout de mes doigts — comme pour sentir et m’imprégner de sa texture — comme je pourrais m’attacher à la tessiture de ta voix sans écouter ce que tu me dirais — pareil — ma main {la droite toujours} se débattait avec le tissu qui recouvrait ton corps, s’attardant aux parcelles laissées nues, dans des gestes d’effleurement répétitifs — je me suis soulé je crois de ces mouvements de ma main — ennivré aussi par l’odeur de ta peau — par son goût, de même, sur mes lèvres parce que j’ai eu cette envie bien sûr d’embrasser ces centimètres carrés laissés à ma portée — je ne sais plus combien de temps ça a duré, le temps parfois m’est étranger et c’est alors un bonheur sans nom quand Chronos ou Zénon m’oublient, c’est si rare — je me suis perdu dans cette nuit avec toi et tant retrouvé — tant échappé aux rythmes de merde à qui je laisse le soin d’organiser ma vie — tellement retrouvé cette lenteur qui me permet d’être à ce que je fais — d’être syncro avec ce que je vis — cette lenteur qui me permet de dire je suis ici et maintenant, je suis là comme si j’y étais depuis mille ans — je suis-là cet homme qui retrouve le corps de sa vie — qui habite son corps comme jamais — son corps au contact de la peau d’un autre corps — ivre je crois de la douceur de ton corps maintenant nu — ivre de ses formes de l’émotions de s’y confronter — de s’y user la peau contre la peau — tu as lu cette phrase dans dépossession la peau contre la peau contre la peau contre la peau contre la peau des nuits entières la peau contre la peau et c’était là — je l’ai écrite il ya presque dix ans et elle est pour toi {quand je te parlais d’être en avance ou en retard} elle faisait d’abord partie d’un texte qui devait être publié l’année dernière et qui ne le sera maintenant plus j’imagine sous cette forme — comment te dire ce sentiment-là d’être à l’heure à un rendez-vous — c’est peut-être ça que j’essaye de faire en t’écri- vant ces mots — je suis à l’heure quand je suis avec toi — quand tes yeux se posent sur moi — quand ta voix vient me couper en deux — quand ta main vient me rejoindre — je suis juste à l’heure, je n’ai plus d’âge — je suis hors du temps — hors de tout — je suis juste là, à ce que je fais — ton corps représente ce petit territoire qui permet ça aussi — je pourrais te dire je ne pense à rien quand tu me regardes — quand tu me parles — quand tu m’embrasses, quand tu me touches — je ne pense à rien quand tu viens t’allonger sur moi — quand tu m’embrasses — quand on se touche enfin — quand les mouvements de tes fesses sous mes mains cherchent mon sexe pour le coller au tien — quand tu t’assieds et t’ouvre sur moi au bord de ton lit que tes seins frôlent ma bouche — quand ma bouche se perd sur toi — quand nos langues se touchent délicatement — quand ta main prend mon sexe pour te carresser sans le faire entrer en toi, je ne pense à rien mais je suis pleinement là, à toi, pour toi — dans nos baisers — dans nos caresses — entierement, totallement là pour toi — je suis juste-là cet homme — l’objet de ton désir, tu es celui de mon bonheur — même si c’est rare — même si c’est du temps volé à d’autres — même si ça s’arrête demain — je suis cet homme qui arrête de courir — qui fait ce qu’il a à faire comme naturel — juste qui est à sa place — je pourrais dire que ton corps est le lieu ou je suis à ma place — petit territoire de mes pas sur le sol dessiné je disais, je dis toujours — là où tu es quand je suis avec toi, je suis à ma place comme jamais — je sors de la nuit — mes fantômes me quittent — leurs voix se taisent — mes voix se taisent enfin — je retrouve cette capacité d’oubli, ma survie — je suis à nouveau vivant — vivant même si je meurs en te quittant chaque fois — chaque fois je meurs en te quittant — chaque fois un peu plus — alors la nuit m’est rendue et je sais qu’elle durera longtemps

FRA LA BUIA NOTTE E LA LUCE DEL NASCENTE GIORNO NO C’È CHE LA BREVITÀ D’UN BATTITO DI CIGLIO — CHIUDO OCCHI PER RIMANERE VICINO A TE 

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