ma petite actualité

mais combien de temps

dure vraiment l'actualité

aujourd'hui est un nouveau jour de plus

Juste vous dire la joie qui est la mienne, de voir ce texte, LA VIE À L'USAGE, être publié par les Éditions Lanskine, et la belle rencontre que cela suppose avec Catherine Tourné, que je remercie du fond du coeur

et si vous avez envie d'entendre un extrait de ce texte, filmé par Antonio Catarino, c'est ci-dessous : 

https://www.youtube.com/watch?v=7Za8p-AUWic

 

et puis une chose encore, j'aimerais profiter de cette fenêtre ''actualité'' pour remercier ici Sabine Huynh, pour le très bel article qu'elle a écrit sur mon travail : 

https://diacritik.com/2016/07/18/manuel-daull-mots-mis-bout-a-bout-en-eaux-durassiennes/

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Revue Travers / La Nuit / Philippe Marchal / 2000

de l'impersonnel

            

 

 

            un petit calendrier de la vie en tête, qui m’entête jusqu’à l’oubli, je commence une rétrospective d’une année passée pas vraiment ici, pas plus ailleurs, passée un peu partout sur les routes, avec une plus grande conscience des chemins choisis que des distances parcourues, alors les destinations

 

            une année passée déjà, rapidement finalement, sans l’avoir vue passer, le temps passe et lasse, et casse la représentation même que j’ai de lui

 

            une fin de siècle en plus, ou sans plus, j’aurais envie de dire après les tempêtes, la marée noire et le bug — ce qui a eu lieu, ce qui n’a pas eu lieu — qu’on attendait pourtant — ce qu’on attendait pas et qui est là

 

                       une compilation, j’aime bien — l’idée d’entasser, la belle chronologie mois par mois à laquelle moi je suis d’habitude si étranger — pour une fois m’intéresse, ce qui touche à la micro histoire, je laisse la grande aux autres qui s’en occupent déjà mieux que du cinéma — comme une

 

introduction

à

une

véritable

histoire

du

cinéma

la

seule

la

vraie

 

            parce qu’il faut laisser à Godard ce qui lui appartient dans sa quête de chronologie — ses sédiments sont à modeler peut-être pour nos histoires qu’on espère au long court — de beaux lendemains, on espère toujours — surtout en fin de siècle

 

            je sais que mon petit calendrier commence avec retard, avec des manques autant — tant de choses passées sous silence ou passées sans les voir, même dans la micro histoire, la mienne, la vôtre pareille, nos histoires mélangées pleines de trous — ça me plaît assez je crois l’incomplétude, et puis on fait avec ce que l’on a, on invente pas l’histoire, au mieux on s’en souvient ou bien on est doué pour le mensonge mieux que l’art en somme

 

            l’envie de raconter cette histoire-là, comme surpris au fond qu’elle se soit écrite — la lenteur de sa voix, de ma reprise de parole aussi, toutes ces choses qui font qu’elle m’échappe, que je m’intéresse aux saisons, l’histoire pastorale comme fil conducteur — plus sensible au temps qu’il fait qu’à celui qui passe,  si ce n’est le vent peut-être que je ne sais où ranger — c’est d’ailleurs de celle du vent que l’on parle ici, de son mouvement, de son passage, du bruit dans les branches des arbres, pas forcément tempête, des fois simplement messager, passant, passeur, passé, des fois simplement passager, qui nous frôle, et conduit ailleurs la voix quand elle se fait entendre, de vous à moi et inversement, d’autres aussi, bienheureux d’être si entouré d’amis, sans oublier la pluie

 

            je tenais à marquer la nouvelle année en envoyant à nos proches une disquette informatique comme carte de voeux — que j’aurais au préalable rempli d’un message court mais répété jusqu’à épuisement de l’espace disponible, une sorte de solde de tout compte de l’année épuisée fonctionnant sur la pauvreté de l’objet et — non pas la richesse mais l’intérêt peut-être de ce qu’il contenait, quelque chose de simple sur la consommation d’informations sans communication et pouvoir dire — l’objet est pauvre, pauvre peut-être parce que je ne vois pas l’intérêt de continuer à construire des objets, si ce n’est leur utilité, leur fonctionnalité, qu’il va sans dire que c’est ici l’intérieur qui nous réunit — je ne l’ai pas fait

 

            de lieux en lieux — à en oublier quel est le camp de base — notre vie à la femme et moi n’a jamais été aussi nomade, celle de la chienne pareille.

 

Saint-Claude

Lyon

Besançon

Chalon sur Saône

Courcelles

Strasbourg

Juillenay

 

            tant pensé à l’océan sans y mettre les pieds — construit ce trajet de l’eau, de phare en phare sans quitter l’intérieur des terres — tant réfléchi à l’habitat sans habiter vraiment quelque part, sans construire de chez soi, pas même une niche pour le chien — et toujours pas appris la nage à contre courant, peut-on l’apprendre hors de l’eau seulement

 

            si mon petit calendrier commence avec retard c’est qu’il n’est rien de marquant avant février et l’installation pour un temps à Saint-Claude — les retrouvailles dans l’hiver et le confort de la petite maison au pied de la montagne - le bien être de retrouver la femme — une joie en plein coeur de l’hiver — c’est là-bas que la voix est sorti du sommeil et que la main s’est remise au travail — par la relecture à haute voix de l’Art d’Hab — l’enregistrement de cette voix maladroite pour une pièce sonore

 

            les correspondances et coups de téléphone  avec la petite famille amie — toujours lointaine quand on est à la montagne, dans la neige — et maintenir le lien, ne pas perdre la chaleur de ces mains aimées comme nulles autres — les nouvelles qui s’ajoutent aux autres, la belle collection qui s’agrandit — la rencontre de ces mains nouvelles venues du sud, ces mains qui vont par paires, trois puis quatre paires, le soleil d’une voix du sud en des terres froides, moins froides maintenant

 

            des tonnes de correspondances des fois moins fructueuses — celles liées à la diffusion du travail d’écriture qui restent sans voix — l’ambiguïté de ce travail s’il ne m’échappe pas, s’il ne me quitte pas, s’il ne voit pas le jour — du bénévolat invisible et muet

 

            l’édition d’un petit livre pourtant cette année, qui attendait depuis longtemps — un petit livre presque d’images — une petite collection d’objets comme fil conducteur — les fondation de ma petite entreprise — de ma maison des mots — et puis le contact avec le public, par la lecture, et la découverte de la voix, du retour à l’oralité détaché du texte enfin, comme une voix d’avant la parole, retrouvée — presqu’en même temps la rupture avec les éditeurs du livre — la déception après avoir tant investi avec eux.

 

            passé du temps avec Thierry à Strasbourg pour son exposition — on l’a aidé à monter une belle structure dans l’espace, qui le transfigurait, derniers moments heureux passés avec Hervé et accepter que rien ne sera comme avant — rencontré là-bas des gens nouveaux, leur accueil me porte encore — la petite famille cette année s’est autant réduite qu’agrandie, comme stable finalement

 

            et l’écriture quand même — qu’est-ce que tu deviens, je continue dit-il — mieux que mes petits bocaux des saisons — la suite donc — phare qui vient de loin sur une route tracée et ses voix multiples qui ne se parlent pas, qui parfois se répondent — je continue dit-il, le disait-elle seulement et puis le soucis du commencement des choses, le cinquième jour — bientôt plus de plancher — peut-être mois de poussière et de gravats à déplacer au dehors — la cour s’est transformée en terril et en forêt couchée, débitée bien avant la tempête


            je voulais terminer l’année par l’écriture d’un petit calendrier, en forme de solde de tout compte, sorte de rétrospective et je commence la suivante par la déconstruction d’une maison qui n’est même pas la mienne et comme chaque fois que le temps me manque j’ai envie d’écrire sur le temps volé à droite, à gauche, les petits moments qui me font écrire avec la même application que si c’était du braconnage, une sorte d’instinct qui fait que je repose des collets avec un savoir ancestral, sans que personne ne me l’ait appris — on ne peut pas savoir d’où vous viennent ces choses, elles sont toujours là, en vous dans l’attente — et me vient comme chaque fois l’envie d’écrire l’histoire d’avec la femme, mais que ce ne soit plus notre histoire, comme une autre histoire — alors que je suis avec elle, qu’elle est derrière moi quand j’écris ces mots, je veux commencer à écrire l’histoire avec elle mais que ça soit une autre histoire — celle d’un autre couple, dans la même pièce, vivant plus ou moins les même choses — sûrement l’écriture en moins

 

            pas mal de fois c’est arrivé déjà — un petit traité d’architecture intérieure où il m’a été impossible de représenter l’espace privé — chaque volet de l’art d’habiter — comme venir — chaque fois avec un prétexte différent et surtout l’air de ne pas y toucher, surtout ne pas y toucher

 

            pourtant je le fais avec ma chienne dont je parle tant, je pourrais passer ma vie à écrire l’histoire de ma chienne et c’est une histoire amoureuse aussi — ma chienne que j’oublie au plus proche de moi, jamais la femme — proche au plus lointain, toujours avec moi — ma chienne que j’oublie si bien, que lorsque j’écris sur elle, avec elle c’est d’une autre chienne dont il est question — je suis cet homme qui parle de sa chienne au quotidien dans l’écriture, mieux que de la femme

 

            je suis à Besançon quand j’écris ces mots — de retour à la ville après trois années d’absence — après un cycle de trois années plus pastorales, j’ai donné mon préavis de départ pour la maison de Courcelles, adieu ma belle vallée — pour des raisons d’argent — nous voilà de retour à la ville dans un studio — les murs des endroits que l’on habitent rétrécissent, revenu comme quinze ans en arrière — un espace où lorsque l’on est tous les deux la femme et moi, il est impossible de ne pas s’apercevoir, à moins d’aller s’enfermer dans la salle d’eau — je préfère le terme de salle d’eau à celui de salle de bain, ce n’est pas nouveau

 

            je ne peux pas dire que je sois content ou mécontent de revenir à la ville — je sais simplement que ce n’est pas un choix facile, peut-être pas un choix du tout d’ailleurs — j’espère que l’on y restera pas trop longtemps, où alors que je pourrai acheter bientôt, dès que ça ira mieux, un bout de pré quelque part à proximité de la forêt, et y poser une baraque, une caravane pour trouver du repos quand j’en ressentirai le besoin...