ma petite actualité

mais combien de temps

dure vraiment l'actualité

aujourd'hui est un nouveau jour de plus

Juste vous dire la joie qui est la mienne, de voir ce texte, LA VIE À L'USAGE, être publié par les Éditions Lanskine, et la belle rencontre que cela suppose avec Catherine Tourné, que je remercie du fond du coeur

et si vous avez envie d'entendre un extrait de ce texte, filmé par Antonio Catarino, c'est ci-dessous : 

https://www.youtube.com/watch?v=7Za8p-AUWic

 

et puis une chose encore, j'aimerais profiter de cette fenêtre ''actualité'' pour remercier ici Sabine Huynh, pour le très bel article qu'elle a écrit sur mon travail : 

https://diacritik.com/2016/07/18/manuel-daull-mots-mis-bout-a-bout-en-eaux-durassiennes/

Carnet Deluz — 2000/2001

page en construction

1 /

 

          petit passage rapide — grand soleil — des vagues de reflets lumineux dansent au plafond du salon.

 

avec Olivia on retrouve Franck et Natalia, avec qui on sort le Saviem — on décide d’en faire une annexe > le bureau nomade bien qu’immobile du Zèbre.

 

on discute encore une fois avec Franck des décisions à prendre en priorité pendant que les filles cleanent le plateau — par moments j’ai le sentiment de me laisser noyer par l’espace — tant de choses à faire et le lieu qui nous avalerait tout cru.

 

je sais que c’est un peu comme une lame de fond — qu’il ne faut pas combattre mais aller dans son mouvement — se laisser engloutir pour mieux ressortir la tête de l’eau — j’ai du mal, je reste sur la défensive — j’aurais besoin d’y passer beaucoup de temps — y dormir sûrement.

 

je commence aussi ce carnet de route avec le papier trouvé sur place — le papier, pour moi, cache toujours la forêt — j’y retourne.

 


2 /

 

              comme une suite de ce que je marquais hier — le papier cache toujours la forêt — avec vocation d’y retourner.

 

je pense à une petite installation qui vient spontanément répondre à cela — à ce besoin de retrouver les feuilles des arbres et le passage du vent les faisant s’animer — trois bouts de ficelle et les pages comme des feuilles qui pendraient du ciel — de plus en plus nombreuses au fur et à mesure de cette année passée là-bas — suspendues au vent, au déplacement d’air et au passage des gens.

 

juste des mots par bribes — par grappes — mis bout à bout, flottant dans l’air mieux que des lampions — une sorte de je suis d’ici, au mot à mot porté par le vent.

 


3 /

 

             mon petit calendrier des saisons je continue — ici et maintenant — comme une réponse peut-être à mon besoin d’inscription dans la durée — à cette question aussi, comment être en harmonie avec les saisons, sur cette île ici, où la frontière intérieur/extérieur est si ténue, parfois si mince.

 

je crois que je commence à m’oublier ici, à me laisser emporter par toute cette eau qui court partout — faire corps avec elle, je ralentis, me recentre et m’oublie mieux encore.


4 /

 

          je suis assidu à la préparation de ma lecture à Paris — je lis et je relis presque machinalement Phare et la Compagnie des Arbres.

 

je cherche encore si c’est possible dans la marche cette fatigue du corps qui permettrait à la voix de sortir enfin — comme de la danse — que les mots résonnent seuls dans l’espace, par abandon et plus par tension.

 

je crois à la marche pour cela — je parcours le salon de long en long comme un nageur, pensant à respirer.

 

je lis en marchant ne m’habituant toujours pas au vertige né du mouvement du corps sans repère fixe et extérieur à lui — comme une ivresse de ce corps, les jambes me portent sans effort et je voudrais que la voix suive — pareille au corps comme une respiration — pareille au mouvement de la rivière dehors — et arrêter la nage à contre courant.

 

J’ai commencé aussi à chercher des images pour les versos des feuillets A3 sur lesquels je compte imprimer le texte et qui serviront de par leur taille à me cacher le visage.

je ne sais pas encore lesquelles choisir qui ne fassent pas illustration mais proposition — juste l’évocation d’un imaginaire impersonnel, avec l’idée d’une voix off au cinéma.

je crois que ce que je souhaite faire par lecture s’apparente de jour en jour plus à un film où mes souches seraient actrices.


5 /

 

            chaque jour ici commence par l’écoute du lieu — chaque jour c’est par l’ouie que je pénètre l’espace ¾ plus que par n’importe quel autre sens.

 

j’écoute d’abord en n’ayant jamais le sentiment de m’y trouver seul — c’est toujours par l’attente d’une parole qui me soit adressée que commence mon installation dans le salon.

 

le salon — petit salon de conversations — tant de choses ici ne sont plus visibles — tant de choses qui ne sont pas dites aussi — j’attends d’entendre toutes ces voix qui se sont tues — ces bruits se mêlant à celui de la rivière — de la turbine.

 

salon le bien nommé — je rajouterai peut-être simplement en dessous, Petit Atelier de Conversations.


6 /

 

                à la question d’habiter l’espace se pose toujours pour moi celle de notre présence — habiter l’espace par nos seules traces — ou par notre absence.

 

7 /

 

            toutes ces voix entrées dans l'hiver, c'est leur silence — dans mes sifflements — dans le bruit de mes pas, qui résonnent ici — qui se manifestent dans le salon.

 

            j'ai cherché l'endroit ou cette résonance était la plus forte — j'ai pu le situer, précisément entre la première et la seconde verrière en partant de la cheminée — et à mi-chemin entre le mur extérieur côté rivière et la ligne dessinée par les piliers en fonte — c'est là où la voix se fait la plus palpable — le corps positionné en diagonale dans la longueur — face à l'angle nord-ouest de la salle.

 

            j'ai installé là une colonne blanche ainsi qu'une petite table basse pour poser mon minidisc et un micro, à peine en hauteur.

 

            je crois que le son habite ici mieux l'espace que le plus chic des mobiliers — aussi, que la mise en place d'une petite pièce de décoration intérieure comprenant un environnement sonore, est à entreprendre.


8 /

 

            je pense de plus en plus à réaliser un jardin intérieur dans le salon — je ne sais pas encore avec certitude quelle pourrait être sa nature, peut-être juste symbolique — un jardin sec, un tapis de galets ramassés sur les rives du Doubs — disposés en écailles et enchâssés dans un cadre de bois trouvé dans la papeterie — reprenant l'orientation de la souche de Vouglans.

 

            je suis toujours à la recherche d'un site de réapparition pour cet arbre à la verticalité volée — après Phalsbourg, après Saint-Claude — je crois que le salon de la papeterie conviendrait parfaitement à sa réimplantation, à l'orée de l'hiver, à proximité de ces chemins de l'eau qui court — comme en étape avant de regagner le lac — pour ce que sous-entend aussi l'ancienne fonction de ce lieu de production de papier — un autre trajet.


9 /

 

            que dire de mes peurs aussi — ce qui touche à une envie peut-être univoque — à des propositions qui ne répondent à rien, qui ne parleraient à personne ici — quelque chose comme la mise en place d'un lieu de rencontre — un espace de partage où personne ne souhaite venir.

 

            les inconnues aussi de notre présence ici — dans le temps souhaitée — dans une rigueur et un certain inconfort que l'on souhaite faire évoluer — les gens que l'on aimerait voir nous accompagner — l'engagement de la commune à nos côtés pour une action partagée — seront-elles au rendez-vous.

 

10 /

 

            j'ai repris hier, un travail — que l'on dira sans jeux de mots — alimentaire — ce qui diffère mes possibilités de me rendre ici à ma convenance.

 

            ma réflexion, je continue — le matin au café mon petit dispositif d'aménagement intérieur tranquillement se met en place — à défaut dans l’espace, au moins sur le papier — je diffère dit-il.

 

            je visualise maintenant de plus en plus clairement cette petite installation de décoration intérieure, presque dans sa totalité — réunissant peu à peu toutes les pièces d'un puzzle un peu abstrait — puisqu'en dehors du lieu pour l'instant — comme un état d'avancement des choses qu'il me faudra réévaluer, réajuster une fois sur place.

 

            j'aimerais que le salon traduise un territoire partagé à tous niveaux — je compte demander à la population de Deluz de me donner un coup de main pour réunir un peu de mobilier à retaper > chaises-fauteuils-canapés de récupération < et aussi réaliser un enregistrement et un montage sonore composé de bruits de pas — à la fois dans le salon — à la fois à l'automne en forêt marchant dans les feuilles mortes — et surtout

 

10 / suite

 

      enregistrer le passage du vent dans les branches des arbres — pour accompagner les feuillets mobiles et la souche en escale dans le salon.

 

 

11 /

 

            je sais maintenant ce qui m'appelle à travailler dans la papeterie — quelque chose à la fois lié à un bestiaire personnel que je retrouve là-bas — et la recherche d'un espace pauvre de communication d'où ce projet de médiation.

 

            le trajet de l'eau aussi -présente ici sur cette île comme nulle part en terre — un travail sur les arbres forcément entrepris dans le lieu de leur transformation — production de papier oblige — tant de choses qui recoupent des préoccupations personnelles.

 

            restent les inconnues — la manière dont la population de Deluz accueillera ce projet — s'en sentira concernée — aura l'envie de se l'approprier — comment répondra-t-elle à cette invitation et aussi la fragilité du site qui je le crains nous entrave et rend notre installation assurément éphémère.


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            petit à petit une grille de questionnement voit le jour tranquillement, pour la réalisation des entretiens que je souhaite mener en compagnie des anciens — sachant que l'idée reste de les faire intervenir dans le partage avec les plus jeunes de leur vécu dans la papeterie.

 

            je compte les enregistrer et le filmer pendant une visite guidée par eux sur le site dont j'aimerais pouvoir nommer endroit par endroit l'ancienne fonctionnalité.

 

            j'ignore toujours à cette date si ce projet entre dans le cadre d'une envie ou d'un besoin de leur part — ont-ils cette envie de transmettre cette part de mémoire et surtout comment faire pour qu'ils ne se sentent pas dépossédés de cette initiative.

 

            si les entretiens et les visites se feraient de façon individuelle, j'aimerais qu'il en découle des rencontres publiques, directement entre eux et la population intéressée — utilisant peut-être aussi tout ce matériau ainsi collecté sous forme de projections ou d'exposition photographique.

 

12 / suite

 

            je compte demander à Olivia de réaliser des sortes de portraits/paysagistes à cette fin — sous forme de triptyques sûrement une image d'une partie de lieu vide + une image de cette même partie avec un ancien + un encart texte reprenant des bribes de ses paroles concernant son travail dans le lieu.


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            des bribes de mots — annotations griffonnées sur du papier à l'encre d'un stylo BIC modèle Atlantis, excroissance sur mesure, pour écrire sur l'eau où je me trouve — de tous les papiers trouvés ici, celui-là — de tous les carnets d'échantillons de papier peints dits fantaisie — celui-là, me parle vraiment de ce que l'on faisait ici.

 

            quelque chose comme un absolu — comme un non sens — une absurdité de taille, par ses conséquences et sa symbolique aussi — le trajet de la fabrication — abattre des arbres pour fabriquer du papier sur lequel on imprimera les motifs d'essence de bois divers — rares ou non, voire exotiques — des loupes aux effets d'abîmes ou d'archipels, de mise pour répondre à cette île qu'était la papeterie.

 

            cette image du bois imprimé sur du papier peint, pour couvrir les murs à défaut d'horizon — du faux cliquant aux faux-semblants, me rappelle combien ici plus qu'ailleurs le papier cache la forêt, si cela a un sens en somme, autrement que pour moi.


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            je compte me rendre à la papeterie cet après-midi, après le travail — 15 jours que je n’y suis pas allé , le lieu me manque, je ressens le besoin d’y travailler et ce ne sont pas mes petits mots-papier-peint s’ils diffèrent l’urgence, qui me permettent de m’en passer.

 

            de plus en plus je vois cette île au fil de l’eau comme le territoire pauvre que je cherche depuis longtemps à matérialiser — peut-être arriverais-je même, à côté du projet de médiation avec la population, à écrire enfin ce texte — les voix des anciens dans l’attente de réinvestir les ateliers m’appellent là-bas et m’aideront j’en suis certain à m’atteler à cette tache.

 

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            j’oublie parfois ce que j’aime le plus au monde — la femme, au plus près de moi — la  chienne noire avec une tache blanche décentrée sur le poitrail — les personnes, les animaux comme les choses, pourtant si proches — je crois que c’est justement cette proximité qui permet cet oubli.

 

            au contraire de l’éloignement, les absents me réclament une présence de chaque instant, je pense à mon père en écrivant cela — plus de six ce mois-ci qu’il est mort, et je n’arrive toujours pas à me faire à son absence au quotidien, sa voix plus présente, qui résonne parfois plus fort que celle de bien des vivants.

 

             comme à portée de main, bien différente la présence de l’autre — la chaleur de son corps à elle se fond avec ma chaleur, toujours, dans le sommeil, pour ne faire qu’une — alors que l’absence, rappelle à mon corps les saisons glaciaires, comme ici au salon, ce froid que je ressens malgré le soleil — que seules les voix des anciens pourraient réchauffer — mon installation ici tient plus à l’attente d’eux, de leurs voix, que des petits travaux de décoration intérieure, que je j’entreprends par ailleurs.

 

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            je ne pense à rien quand je suis près de toi, dit-il — j’écrivais ça, il y a peu, durant le mois d’août pour Philippe Marchal qui de me demandait un texte pour sa revue — il y va ainsi de cet oubli dont je parle tant — cette forme d’oubli de soi — cette absence qui se révèle une plus grande présence.

 

            souvent c’est l’absence qui me met au monde — une facilité à être muet — c’est vrai ici ou tant d’absence habite ces murs.


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j’ai pu venir encore hier après-midi, quelques heures, dans le salon — venu y installer les premiers éléments de mon petit dispositif — j’ai appris aussi qu’il n’y avait pas de H à Natalia qui était avec Franck en train de travailler à la prochaine création — ils ont installé la structure qui permet de suspendre le matelas au dessus du plateau.

 

            quand je suis arrivé il y avait une grosse palette de tuile dans la cour de la papeterie — Monsieur Tardieu est passé ce matin et a dit à Franck qu’il avait demandé à l’entreprise chargée de maintenir la charpente effondré de reprendre aussi la couverture au-dessus de nos locaux — il ne pleuvra plus sur le plateau ni dans le salon, incroyable — l’île va s’arrêter de faire eaux de toutes part, du moins à l’intérieur des terres en hauteur.

 

            le temps est passé trop vite et j’ai eu du mal à en repartir — pas envie, je me sens adopté maintenant par cette absence que je voudrais faire mienne.


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            les couvreurs étaient sur le toit quand nous sommes arrivés hier avec Olivia — Thomas était là aussi avec Julien Travaillé et une amie à lui, installés dans la cour — tout va si vite — Franck et Natalia travaillaient au second.

 

            par moment j'ai l'impression que notre installation à la papeterie ressemble de plus en plus à des plates-formes dans les arbres — comme deux cabanes en fait — perchées l'une au-dessus de l'autre — dans un arbres au bord de l'eau — les pieds dans l'eau et la tête dans le ciel — au plus près du ciel, à peine sous la cime.

 

            comme un rêve de gosse > des journées entières dans les arbres <disait-elle -c'est un peu ça ici — je ne sais pas pourquoi j'ai cette image — cette impression aussi d'oublier les murs de briques ici, et de me croire sur un plancher, dehors — une pièce ouverte sur la rivière — une terrasse entre le ciel et l'eau.


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            mon petit carnet en papiers-peints, je continue — échantillons de voix multiples que l'on suspend au plafond — qui s'enchaînent parfois -sans suite apparente dans des tonalités différentes parfois juste pour montrer une occupation de l'espace — parfois pour répondre à ce petit dispositif imagé.

 

            Thomas m'avait fait une surprise — quand je suis entré dans le salon, il avait installé la lumière et me voilà entre le ciel et l'eau courante, sous un plafond lumineux, autre que mes petits reflets d'argent.


20 /

 

            j'ai du mal à écrire — le silence imprègne le salon du bruit de l'eau côté rivière et j'y déboule — quand j'y déboule — en ce moment, c'est chargé d'autres voix — celle de Phare et de la Compagnie des Arbres, que je me prépare à lire — celles du Discours aux oiseaux, que j'avais oubliées pourtant et qui se souviennent à moi maintenant — celles à peine ébauché avec un Territoire Pauvre, qui se mêlent à loisir ici, au silence des lieux.

 

            le silence du salon couvre le bruit de mes pas — mes voix pareil.


21 /

 

            je me sens voyageur au fil de l'eau quand je suis au salon — le trajet de l'eau qui court est vraiment quelque chose qui me parle.

 

            je me sens un peu comme l'année dernière, encore installé à Courcelles, en train de travailler à la Compagnie des Arbres où la Société élargie — entre deux promenades avec la chienne — comme en repérage pour d’improbables images d'un petit cinéma en couleur qui m'attire tant.

 

            en rentrant de Deluz hier soir, j'ai croisé Michelle Tattu et nous avons parlé de nos projets respectifs et du cinéma forcément — plus ça va plus je pense que c'est vers le cinéma que je dois aller — Franck m'a proposé l'autre jour un projet de film pour un spectacle à venir, écrire des voix aussi.


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            mes voix — mes petites voix mieux que du cinéma pour l'instant — les voix de mon petit cinéma mobile, cherchent à se taire — à retrouver le silence en ce territoire — faire de la place et se taire pour les anciens — toujours envie de trop parler alors qu'il faudrait juste écouter.

 

            c'est ce paysage sonore peuplé de la voix des anciens que je vois plus que jamais se dessiner pour ce lieu — un petit dispositif de décoration intérieure se met en place lentement, ni plus ni moins qu'une sorte de musique d'ambiance — de lumière tamisée — laissant l'espace libre — permettant le silence pour que des voix y résonnent à nouveau.

 

            mes voix — mes petites voix comme sorte d'appeaux — cherchent à se taire en s'imprimant sur du papier, petits fragments de papier-peints — attendant patiemment la reprise de parole, d'espace aussi des anciens.

 

23 /

 

            comme un autre dispositif de décoration intérieure, le hall se meuble d'une nouvelle parure — une grande étagère blanche, si belle vide, se trouve maintenant remplie de vide justement — 216 petits cartons d'emballage d'ampoules électriques y ont pris place — un déplacement de plus, déplacer pour mieux recouvrir le vide, de vide.

 

            anecdotique peut-être — les cartons d'emballage sont évidemment vides eux aussi — légers d'être autant rempli de rien — répondant à la fonctionnalité de cet élément mobilier de rangement — destinée à se remplir et rempli de vide par le fait — la belle tautologie du vide sous emballage bien rangé — la belle métaphore, mieux qu'une caricature — autre projet de mon Petit Catalogue Raisonné d'Interventions Partagées — proposer des interventions caricaturales comme métaphores de ce monde de l'art qui ne propose souvent que des constats comme matérialisation de réflexion — pour lecture du monde, le vide quoi.

 

            je ne sais pas encore, mais je crois que petit à petit je les remplirai pour que revienne une lumière qui fait défaut dans ce paysage — pour dépasser ces constats — pour partage surtout — les remplir de petites choses légères, glanées à droite ou à  gauche — pour ensuite les offrir — inviter les personnes en visite à la papeterie à choisir une boîte — sans connaître son contenu — à la choisir et l'emmener comme photographie de son passage ici, comme métaphore de notre travail ici, aussi peut-être — qui se résumerait juste à la réinstallation de la lumière servant à baliser à nouveau le chemin d'accès — peut être tout en est métaphore — Fiat Lux.


24 /

 

            l'usage de la parole que l'on réserve à certaines occasions — nous avons fixé avec Franck la date de l'inauguration de notre installation, pour le week-end du 15 octobre — disponible entre deux allers-retours à Paris pour l'exposition avec Thierry Boucton au Grand Réservoir de l'hôpital du Kremlin-Bicêtre — je me sens fatigué d'avoir trop de casseroles sur le feu, au propre comme au figuré et réciproquement.

 

            je tente donc de ralentir un peu ce rythme qui ne cesse de s'accélérer depuis un peu plus d'un mois maintenant — de gérer l'urgence dans laquelle il faut penser les délais et les échéances en faisant des arrêts sur image et en composant de petites listes dont chaque éléments, pris séparément n'est pourtant pas une montagne à gravir — mais même au ralenti, je suis cet homme courant au ralenti et qui ne touche pas terre.

 

            mes journées sont découpées, laminées en fonction d'horaires précis — je me lève vers 7 heures — à 7h 15, je suis au café jusqu'à 8h 45 pour travail personnel on va dire — jusqu'à 9h 10 synthèse et saisie de texte à la maison — ensuite je pars faire les courses pour le restaurant où je commence à préparer vers 9h 45 — j'y reste jusqu'à environ 14 heures — retour et passage à la maison, soit pour continuer d'y travailler et reprendre ce que j'ai commencé le matin, soit sieste, soit départ pour Deluz pour s'occuper du Salon — continuer mon petit mobile de papiers-peints — préparer ma lecture de Paris de novembre — nettoyer la cour etc-etc.

 

            je dois ralentir et poser les projets au fur et à mesure de leurs avancements respectifs — entamer la rencontre de la population de Deluz pour ce travail sur la mémoire du lieu — préparer l'inauguration — les invitations — faire avec Thierry la mise en place de l'expo à Paris, composer un carton d'invitation sous forme des P.V.C. habituels — préparer la lecture de Paris et concevoir les images qui doivent l'accompagner, ainsi que le carton, autre P.V.C évidemment — finaliser le dossier présentation personnelle et textes pour le livre que souhaite faire le C.R.L. sur les écrivains en Franche-Comté — tout cela pour les deux mois qui viennent — le temps passe et lasse et casse, la représentation même que j'ai de lui, la nuit jamais — petite phrase écrite pour Philippe Marchal et sa revue, il y a peu encore et que j'entends si bien — cette fatigue.