ma petite actualité

mais combien de temps

dure vraiment l'actualité

aujourd'hui est un nouveau jour de plus

Juste vous dire la joie qui est la mienne, de voir ce texte, LA VIE À L'USAGE, être publié par les Éditions Lanskine, et la belle rencontre que cela suppose avec Catherine Tourné, que je remercie du fond du coeur

et si vous avez envie d'entendre un extrait de ce texte, filmé par Antonio Catarino, c'est ci-dessous : 

https://www.youtube.com/watch?v=7Za8p-AUWic

 

et puis une chose encore, j'aimerais profiter de cette fenêtre ''actualité'' pour remercier ici Sabine Huynh, pour le très bel article qu'elle a écrit sur mon travail : 

https://diacritik.com/2016/07/18/manuel-daull-mots-mis-bout-a-bout-en-eaux-durassiennes/

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Du Cinéma / Texte pour Stéphan Girard / 2009

Du cinéma, diraient certains

 

 

Dans mes besoins d’attachements il y a cette phrase écrite après avoir vu une de ses séries en cours  — les photographies de Stéphan Girard sont pour moi à double détente, le vide se peuple toujours de notre bestiaire intime.

 

Je tente depuis longtemps de formuler une définition de la communication, reposant sur l’idée que la relation est avant tout une question d’espace, l’espace fonctionnant comme un médiateur qui rassemblerait alors plusieurs personnes désireuses de partager, sans entrer plus avant dans ces questionnements, je crois comprendre aujourd’hui seulement ce que je disais à propos de cette série photographique.

 

Cela relève d’une sensation déjà vécue devant certains monochromes, des productions abstraite, devant certains paysages, dans des situations où je suis dans un état de contemplation, une expérience où le vide appelle ou réactive en nous quelque chose que ces situations, ne portent pas, je veux dire quelque chose dont elles matérialisent l’espace d’apparition mais qui n’appartiendrait qu’à nous.

 

L’image à la fois révélée et révélatrice d’un espace de cette nature était encore plus lisible dans des séries précédentes, qui donnaient à voir des lieux vides ou abandonnés, déjà là, apparaissait cette incitation à une sorte de recueillement, pas seulement une introspection, mais une sorte d’écran de cinéma sur lequel nous pouvions laisser se dérouler, les belles images de notre intimité réinventée.

 

Je pense par exemple à ces territoires de l’enfance où l’on vient s’éprouver dans la peur du confinement, du manque de lumière, du silence ou des bruits cessent d’être rassurants dès qu’ils sont autres que ceux de notre respiration ou de nos pas sur le sol.

 

Souvent j’ai écrit que mon enfance avait été souterraine avant tout, cette image serait en quelque sorte le revers littéraire des siennes, il n’est pas question de résumer cela à l’enfance, juste de proposer une évocation ayant la même intention de matérialiser cet espace de rencontres possibles, d’expériences sensibles.

 

Les images montrées ici, incitent à activer plus encore cette expérience, elles proposent de partager cette fois un trajet et plus seulement un espace, le hors-cadre nous appartient d’autant plus qu’elles débordent pour nous inscrire alors dans un déplacement impulsé par elles.

 

Les transports auxquels nous sommes conviés, sont à la mesure de ces débordements, choisissant de privilégier le trajet plutôt que la destination, les sensations qui nous percutent alors sont liées à la perte de repères et la nature même du vide s’en trouve changée, comme une forme d’architecture théâtralisée par nous et accueillant nos propres évocations.

 

C’est un voyage immobile que nous sommes invités à entreprendre et si les paysages traversés sont les siens, c’est à nous qu’appartient de reconstituer un trajet chaque fois différent d’une image à l’autre, autant de trajet ainsi que de spectateurs, autant de possibles que de vide entre deux images, le poids et la durée de ce vide, sa nature comme son étendue dont il faudrait reparler.

 

Le vide ici se formalise dans et en dehors de l’image, il est ce déplacement l’une l’autre comme celui de notre esprit s’abandonnant à des propositions, il est aussi dans cette relative pauvreté de l’image ainsi livrée, une pauvreté comme un processus, une machine alors à révéler des images intérieures, le support encore plus affirmé de nos projections intimes, le vide est ce territoire pauvre de préférence où peut-être avons nous la liberté de nous révéler à nous même, du cinéma diraient certains, merci à lui.