ma petite actualité

mais combien de temps

dure vraiment l'actualité

aujourd'hui est un nouveau jour de plus

Juste vous dire la joie qui est la mienne, de voir ce texte, LA VIE À L'USAGE, être publié par les Éditions Lanskine, et la belle rencontre que cela suppose avec Catherine Tourné, que je remercie du fond du coeur

et si vous avez envie d'entendre un extrait de ce texte, filmé par Antonio Catarino, c'est ci-dessous : 

https://www.youtube.com/watch?v=7Za8p-AUWic

 

et puis une chose encore, j'aimerais profiter de cette fenêtre ''actualité'' pour remercier ici Sabine Huynh, pour le très bel article qu'elle a écrit sur mon travail : 

https://diacritik.com/2016/07/18/manuel-daull-mots-mis-bout-a-bout-en-eaux-durassiennes/

Phare / quatrième volet de l'Art d'Habiter / 1999

Pour l'écriture de ce texte, j'ai reçu en 1999, une bourse d'aide à la création de la part du C.R.L. de Franche-comté, sous la direction de François-Marie Deyrolle et la présidence d'Alain Jouffroy. 

Faisant partie de l'ensemble de textes intitulés l'Art d'Habiter, bien que plusieurs fois retenus, Phare est resté inédit à la publication.

 

Extrait :

 

( ... )

 

il y aurait comme un éclairage sur la vie

ce projecteur puissant, tournant comme au milieu de nulle part, tournant

la même rotation depuis toujours même si sa source lumineuse, elle, a changé

éclairant, pour faire simple, tour à tour la terre comme la mer, une double mission, à l’intention de ceux loin à l’horizon, ou dans cet entre-deux entre terre et mer

océan et continent, le repère la nuit pour les plus perdus

l’horizon mouvant vu de l’intérieur des terres et la côte immobile vue de la mer, juste une histoire de point de vue

un entre deux, mer et terre où vous seriez de sa lumière caressé

où seriez-vous caressé de sa lumière

en terre à l’aube d’un déplacement momentané ou pour le reste de vos jours, un déplacement par air, par mer, plus à l’ouest encore

ou en mer, de retour, peut-être déjà parti

peut-être désireriez-vous voir de vos yeux l’ensemble du littoral pour marquer le point d’origine de votre départ

vous marcheriez, descendant du nord, à votre pas, sur le bord de mer, un chemin du bord de mer jusqu’à l’océan, en descendant vous iriez vers le sud forcément, jamais plus loin chaque jour que vos jambes vous porteraient et cela du nord au sud, jusque dans le sud évidemment, peut-être plus loin encore, il y a toujours un point sur la carte plus au sud encore

peut-être seriez-vous encore loin de cette toute cette eau en des territoires de l’eau qui court qui a du chemin à faire pour parfaire son trajet, bien au-delà de la ligne de partage des eaux loin des marées que l’on évoque ici au nord comme au sud, loin à l’intérieur des terres

vous en rêviez de ce voyage à l’image de l’eau qui court, votre chute en avant commencerait avec la pluie

vous seriez encore dans les préparatifs à étudier le chemin le plus court

le nez dans les atlas de votre géographie personnelle

votre mappemonde

dans des livres qui parleraient de ce là-bas qui vous attire

vous vous empresseriez de mesurer les distances à parcourir à la force de vos jambes, à prévoir les étapes, les vivres même

la durée de ce voyage, bercé par la littérature de voyage, des souvenirs surtout des livres que vous avez lus enfant

les films, les grands films de marin, vous cherchez un nom sur la carte pour une ville, une côte, une île, un océan, comme point de départ

votre ailleurs vous appartient et vous aurez au moment du départ entamé depuis longtemps un travail de fond et un entraînement de sportif de haut niveau

comme entamer l’ascension vers ce sommet connu de vous seul, vos vivres et votre matériel de survie dans un sac au dos comme les souvenirs, comme ce qui vous retiendrait encore

votre corps à porter en premier et le reste, l’embarras du reste resté au camp de base vous vous faites léger

vous seriez bientôt tout à fait prêt, sans connaître votre destination mais vous seriez bientôt tout à fait prêt

rien ne vous attacherait encore à ce morceau de continent rien
l’image de cette lumière courant sur la mer
comme perdue au milieu de nulle part en mer

comme perdue puisqu’en mer
représenterait pour vous ce sommet à gravir

et sans nul doute vous connaîtriez déjà une autre finalité que de simplement porter votre corps à son sommet

porter votre corps au sommet de ce pic ridiculement à peine plus élevé que le niveau de l’eau

comme les pieds dans l’eau et la tête dans les étoiles, les notions d’altitude ou de profondeur seraient bien évidemment ici symboliques, votre regard sur un autre horizon que géographique, alpiniste sous-marinier de votre histoire au long cours on espère toujours, c’est un voyage d’une autre nature que vous souhaiteriez entreprendre

vous vous débarrasseriez du poids du passé, ayant juste ce besoin d’en marquer la ligne de départ, sans compétition aucune

c’est autrement que de conquêtes que vous vous apprêtez à parler, même s’il sera tout de même question de territoires à explorer

vous en dresserez les relevés, la main levée sur l’horizon au fur et à mesure de votre avancée puisque aucune carte n’existe pour cela

le territoire que vous entrevoyez seulement, vous appartient de fait, pas de drapeau à planter à son sommet

pas de sommet
à vous et à vous seul(e)

bien que vous auriez l’envie d’en partager votre présence nouvelle

peut-être que vous auriez su tout cela depuis longtemps vous en auriez déjà fait le constat

peut-être dépassé

il ne vous resterait qu’à en établir le point d’origine, peut-être de manière géographique, peut-être de manière symbolique, peut-être de manière conceptuelle ou affective, le point de départ où vous seriez à nouveau né quelque part

vous vous mettez peut-être en route maintenant

peut-être simplement, comme origine du monde, vous diriez que vous n’êtes pas satisfait de votre vie

que vous vous cherchez cette lumière perdue en mer pour guider vos pas

vos pas d’enfant un nouveau né

un enfant à nouveau né quelque part et ce fut ici en somme, maintenant 

 

( ... )