ma petite actualité

mais combien de temps

dure vraiment l'actualité

aujourd'hui est un nouveau jour de plus

Juste vous dire la joie qui est la mienne, de voir ce texte, LA VIE À L'USAGE, être publié par les Éditions Lanskine, et la belle rencontre que cela suppose avec Catherine Tourné, que je remercie du fond du coeur

et si vous avez envie d'entendre un extrait de ce texte, filmé par Antonio Catarino, c'est ci-dessous : 

https://www.youtube.com/watch?v=7Za8p-AUWic

 

et puis une chose encore, j'aimerais profiter de cette fenêtre ''actualité'' pour remercier ici Sabine Huynh, pour le très bel article qu'elle a écrit sur mon travail : 

https://diacritik.com/2016/07/18/manuel-daull-mots-mis-bout-a-bout-en-eaux-durassiennes/

La Tentation des Parallèles / commencé en 2007

Extrait : 

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à force de toucher tous ces livres — de lire leur dos, leurs titres, leurs auteurs, la maison d’édition — te viens l’envie d’en prendre un en main — ton indexe se pose sur l’un d’eux presque au hasard — je dis presque parce que le titre t’a arrêtée inconsciemment et qu’il n’y a peut-être aucun hasard là-dedans, juste une logique dont tu ignores tout — tu le bascules vers toi le prends dans ta main, l’empoignes et lis encore une fois le titre sur la couverture cette fois, tentation des parallèles c’est écrit, le nom de l’auteur ne te dis rien du tout, tu n’as jamais entendu parler de ce livre — tu regardes long- temps la couverture et puis tu l’ouvres — curieusement tu commences par la fin — pas la fin du texte mais le prière d’achever pour connaître l’année de sa publication — c’est un livre récent daté de l’année dernière — machinalement tu fais tourner les pages sans regarder vraiment quelque chose de particulier, juste pour le mouvement des pages — tu as toujours beaucoup aimé ça, avec le pouce de ta main gauche, faire défiler les pages des livres que tu ne lis pas — pour le bruit que ça faisait à tes oreilles enfant, adulte maintenant, pour le mouvement d’air que ça représente — tu aimes ce mouvement-là d’arrière en avant et inversement avec le pouce de ta main droite d’avant en arrière, tu changes de main et recommences sauf que là sur la page de garde tu aperçois de l’écriture — tu vois mon écriture sur la page droite au début du livre — quelques lignes de ma main, comme ça sans les compter une douzaine peut-être — une sorte de paragraphe qui commence par un nombre — ce qui te frappe avant même de lire ce que j’ai écris c’est le nombre, il s’agit du jour de ma date anniversaire, qui pour moi était presque un nombre fétiche — tu te dis que ça ne peut pas être une coïncidence — déjà, c’est par hasard tu pensais que ta main s’était arrêtée sur ce livre, là il ne peut plus être question de hasard — tu te dis qu’il fallait que tu trouves ce livre — tu te dis aussi que j’ai écris quelque chose à ton intention sachant bien que tu allais la lire — tu ressens le besoin de t’assoir mais le fauteuil que tu faisais tourner de la pointe des pieds est trop loin de toi — tu t’assois sur le sol, juste sous toi, là où quelque secondes avant tu étais encore debout le livre à la main — tu le laisses d’ailleurs tomber — ou plutôt le livre te tombe des mains — il se trouve devant toi légèrement sur ta droite — tu n’as qu’à tendre la main, celle de ton choix, en te penchant à peine en avant pour le ramasser — tu ne fais rien — tu restes assise avec ce livre à quelques centimètres de toi sur la droite comme si tu attendais un miracle — mais tu n’attends rien, ton attitude évoque l’attente mais ce n’est pas ça — c’est d’absence dont il faut parler, tu es absente — absente à ce qui vient de se passer, absente à toi-même, tu t’es absentée — aucune pensée ne traverse plus ton esprit, tu sembles avachie sur le sol, tu penches un peu sur la gauche, tu es assise en tailleur tes mains tenant chacune le pied qui lui est opposé comme pour se raccrocher à quelque chose, comme si tu avais subitement peur de tomber encore — tes yeux bien que posés sur le livre ne le touchent pas, pas plus qu’ils accrochent quoi que ce soit d’autres — tu es un sac de viande posé au sol, tu ne ressembles à rien — tu ne te ressemble plus ainsi au sol posée — tu es le poids de cette absence-là — tu es une masse au sol en dehors du temps et il se passe longtemps avant que tu ne réagisses à nouveaux — c’est la douleur due au manque de circulation dans tes jambes qui te sort de ta torpeur — tu ne sais pas combien de temps tu es restée là — tu sais juste que tu as mal et qu’il faut bouger — qu’il faut déplier tes jambes, tu fais un effort colossal de logique pour savoir laquelle doit bouger en premier pour libérer l’autre sur laquelle elle repose — tu es obligée de te coucher sur le côté pour pouvoir enfin déplier les jambes — la douleur est forte de vouloir les allonger comme si muscles et tendons avaient raccourcis pendant cette absence — comme s’ils avaient perdu toutes élasticité — tu te mets accroupie sur la pointe des pieds et tends le bras pour récupérer le livre qui lui évidemment n’a pas bougé d’un centimètre — tu le saisis et le colles contre ta poitrine sans même chercher à l’ouvrir à nouveau — comme le sang qui petit à petit s’est remis à circuler dans tes jambes, des pensées se pressent à nouveau à ta conscience, des tonnes de pensées qui déboulent sans crier gare, qui ne te laissent pas le temps de réfléchir, qui s’invitent les unes après les autres sans attendre de réponses, qui se fracassent les unes aux autres, qui te donnent le sentiment que ta tête va exploser de tous ces chocs qui s’y produisent — tu n’as le temps de rien trier, elles t’agressent, ne te laissent aucun répit — tu ne sais pas quoi faire, rester ou sortir de l’atelier, tu sais juste que tu ne lâcheras plus ce livre avant d’avoir lu ce qui y a été inscrit par ma main — tu vas rester, tu te dis que si tu sors maintenant les mots écrits vont disparaître, tu fais appel à la pensée magique, si je reste-là alors les choses reprendrons leur place, comme pour te prou- ver que tu n’as pas rêvé — tu ne sais plus au fond si tu souhaites qu’il y est encore quelque chose d’écrit dans ce livre ou non — tu pousses le fauteuil jusqu’au bureau immense que j’avais installé de façon centrale dans l’atelier — tu choisis de faire dos à la bibliothèque, tu n’o- ses plus la regarder — tu poses le livre devant toi, tu regardes la couverture, tu te dis que ce titre évoque beaucoup de choses, géographiques d’abord, affectives ensuite, religieuses même — tu te fais la réflexion que ça se calme dans ta tête, de te fixer sur ce titre a réduit le flux de tes pensées, tu en retrouves la maîtrise — silencieusement d’abord, puis à voix basse tu répètes tentation des parallèles comme une incantation magique avant de reprendre le livre en main et de l’ouvrir à nouveau — page de garde, droite, après le nombre qui me parlait tant c’est écrit :

... peut-être que tout ce que je raconte ici, tu t’en doutais, ou plutôt tu en avais l’intuition. J’ai toujours eu le sentiment qu’ensemble on ratait un rendez-vous, sans que ce soit de ta faute, ce n’était pas de ta faute, c’est moi qui en quelque sorte n’était pas au rendez-vous, jamais à l’heure, jamais syncro avec tes envies, ne répondant finalement qu’à tes besoins, peut-être parce que j’avais toujours quelque chose à faire, je ne dirais pas de plus important, ce n’est pas ça, juste quelque chose auquel je ne pouvais pas me soustraire. Toi tu n’y étais pour rien, tu me réclamais une attention que j’étais incapable de t’accorder, et puis je passais trop peu de temps à la maison auprès de vous. Il aurait fallu que je sois capable d’être 150 pour cent à vous quand j’étais là, je m’étais promis de le faire, de vous consacrer tout le temps dont vous aviez besoin, j’ai essayé, mais je n’y suis pas arrivé. Je te promets j’ai vraiment essayé, essayé de faire ce qui te faisait plaisir, ce qui faisait plaisir à ta mère aussi ...

à ces mots, tu t’arrêtes, ton regard se bloque, se fixe, à ta mère aussi c’est écrit — quelque chose se déchire en toi, tu comprends que ces mots ne sont pas pour toi, qu’ils sont pour l’enfant, tu refermes le livre et te mets à pleurer — tu ne lis même pas la fin du texte

 

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