ma petite actualité

mais combien de temps

dure vraiment l'actualité

aujourd'hui est un nouveau jour de plus

Juste vous dire la joie qui est la mienne, de voir ce texte, LA VIE À L'USAGE, être publié par les Éditions Lanskine, et la belle rencontre que cela suppose avec Catherine Tourné, que je remercie du fond du coeur

et si vous avez envie d'entendre un extrait de ce texte, filmé par Antonio Catarino, c'est ci-dessous : 

https://www.youtube.com/watch?v=7Za8p-AUWic

 

et puis une chose encore, j'aimerais profiter de cette fenêtre ''actualité'' pour remercier ici Sabine Huynh, pour le très bel article qu'elle a écrit sur mon travail : 

https://diacritik.com/2016/07/18/manuel-daull-mots-mis-bout-a-bout-en-eaux-durassiennes/

Un Territoire Pauvre / Cinquième volet de l'Art d'Habiter / 1999

Extraits:

 

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il y aurait un certain nombre de voix — de points de vue, pareil — peut-être plus — une façon de regarder les choses vues sur l'intérieur — vues sur l'extérieur, c'est sûrement une vue de l'esprit avant tout — où comment regarder certaines choses trop proches de nous et avec distance, cette distance même — mais c'est juste une manière de voir les choses, chacun la sienne — et c'est elle qui commence à parler 

 

 

— / je ne crois en rien — et de plus en plus

 

— / je crois que l’on perd de vue souvent ce qui nourrissait nos rêves — ce qui les nourrissait comme nous faire grandir dans l'idée du bonheur — d'un bonheur accessible comme dû — normal — simple — remplacé tout ça par la belle histoire du confort — d'un confort en kit — le confort a remplacé l'idée du bonheur en nos vies et nous voilà attachés à des choses qui n'ont pas de sens, une vie comme catalogue — des petites pièces de décoration d'intérieurs qui s'empilent, qui nous endettent, qui remplissent l'espace — souvent plus attirantes dans les pages en couleurs des magazines d'ameublement, mieux que le meilleur roman, l'échec de la littérature de ne pas tenir la comparaison — de belles matières sur papier glacé qui finissent par faire photo chez nous aussi — qui font photo et transforment nos intérieurs en intérieurs de magazines à la mode — en mode de vie c'est bien ça qui ne sont pas les nôtres — comme de la fatigue, je ressens — un découragement, une vague de fond pour moi seul — un sentiment amer et l'envie d'arrêter de nager l'homme à la mer, comme en lisière — arrivé en bout du monde aux pieds des falaises, encore une histoire d'image — un besoin de rupture

 

— / pour une fois, j'entends je crois, ce que tu me dis — je t'écoute, et je comprends je crois ce que tu dis — je ne le dirais pas comme toi sûrement, une histoire de formules comme une histoire de langue comme une histoire de place — mais je dirais sûrement la même chose si je te parlais — je ne me sens pas à ma place — toujours pas à ma place, j'ai beau essayer — faire l'effort de fermer les yeux, de m'oublier — fermer les yeux et me taire tout autant, je n'y arrive plus — je n'arrive décidément pas à me faire croire à tout cela — à y croire suffisamment pour continuer, pour tenter seulement de le faire — je ne pensais pas être-là juste pour tenter de continuer à être-là, qu'est-ce que ça veut dire — pas de rêve de grandeur pourtant dans mes rêves de petite fille, de jeune femme même — juste l'idée d'un territoire à trouver, à construire, à habiter du mieux possible — une place, ma place — un territoire où mon corps danserait dans l'espace, comme en paix avec lui, comme un langage du corps à destination des autres, un langage simple qu'il suffisait d'inventer — une présence à partager, sans marque déposée — sans décoration intérieure comme un vernis sur la peau — sans vernis et sans apprêt — peut-être juste la peau à partager — un toucher la peau comme langage — sans avoir à la recouvrir de papier, le papier peint de nos sentiments — une écriture à même la peau, universelle par le toucher — si loin / si proche, je suis loin d'être à ma place

 

— / je ne crois en plus rien, peut-être — arrivé-là comme en bout de route — avoue qu'à mon âge c'est risible, ou, quand la tragi-comédie s'incarne dans nos vies — moi non plus je ne crois plus à cette histoire de place comme donnée, à ce territoire, de nos pas sur le sol dessiné j'ai entendu un jour dans la bouche d'un autre, et pourtant, je le sais qu'il ne s'agit pas seulement d'une crise de foi — d'identité sûrement — de lecture du paysage — de paysage tout court, d'un virage de trop à un moment donné — une image qui a trop viré, par excès ou par manque, souvent j'y pense — comme essayer de retrouver ce moment précis du changement de trajectoire — de l'erreur s'il fallait nommer ce changement de direction — le juger pour bien le nommer, avouer — avouer que je me suis trompé sur les routes à emprunter — les chemins, tant ces déplacements se sont enchaînés sans confort, à peine des chemins de terre, peu ou pas carrossables — et de quels carrosses aurais-je pu faire usage, à défaut de faire image, un tour du lac — tant j'ai été aveuglé

 

— / à moins qu'il ne s'agisse d'un dérapage, une perte de contrôle, plutôt qu'un virage — tout ne relève pas du contrôle ou du choix, la responsabilité — une glissade — es-tu la guêpe qui pique le cheval avant la ruade — es-tu le chevreuil ou le sanglier, cet animal sorti du bois avant l'accident — es-tu le vent, un vent venu de nulle part ou tout comme, absent au combien avant que les arbres ne se couchent sur son passage, par respect de sa parole peut-être, ou d'une parole autre que l'on ne sait nommer — es-tu le souffle, ces ailes de papillons, ces mouvements au plus profond de la terre, ces vagues en bordure d'océan — es-tu toi-même un accident né de rien — elle est là ta crise d'identité d'avoir fini par croire que l'on naissait de rien, un pas à pas du rien au rien — que l'on naissait de rien pour en finir par n'être rien 

 

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