ma petite actualité

mais combien de temps

dure vraiment l'actualité

aujourd'hui est un nouveau jour de plus

Juste vous dire la joie qui est la mienne, de voir ce texte, LA VIE À L'USAGE, être publié par les Éditions Lanskine, et la belle rencontre que cela suppose avec Catherine Tourné, que je remercie du fond du coeur

et si vous avez envie d'entendre un extrait de ce texte, filmé par Antonio Catarino, c'est ci-dessous : 

https://www.youtube.com/watch?v=7Za8p-AUWic

 

et puis une chose encore, j'aimerais profiter de cette fenêtre ''actualité'' pour remercier ici Sabine Huynh, pour le très bel article qu'elle a écrit sur mon travail : 

https://diacritik.com/2016/07/18/manuel-daull-mots-mis-bout-a-bout-en-eaux-durassiennes/

V. ou l'Impossible Finitude / 1987

extrait : 1/

 

*

 

alors qu’il longeait le quai — comme souvent — V. remarqua quelques corps décapités — éparpillés héros au gré de la rivière — devenue depuis quelques tours de cadran une véritable compagnie de transport fluvial pour cadavre raccourcis — vagabonds en mal de liberté.

 

*

 

dans la fraicheur du matin et l’humidité d’une rivière couleur de sang — V. s’en allait rejoindre son poste de colleur de rustines.

il était employé au ministère des questions usagées — plus particulièrement à leur retraitement éventuel.

il se trouvait à l’atelier de recyclage des tickets de métro — il veillait à leur réinsertion sociale en leur apposant une rustine d’environ deux centimètres de diamètre à l’endroit de leur anatomie mutilée.

 

*

 

une petite table basse sur laquelle vivait avec bonheur une plante verte dont les longues et minces feuilles semblaient flotter dans la pièce à la recherche de V. qu’elles aimaient à chatouiller.

 

*

 

V. décida de prendre un bain — il se laissa bercer par la chaleur de l’eau — flotta un bon moment — parfaitement détendu il se mit à penser aux cadavres qu’il voyait presque chaque jour descendre la rivière à l’eau rouge, si rouge.

 

*

 

il se sentait possédé.

Une image de femme ayant la beauté froide des photographies noir et blanc des aimées disparues — ces photos du commissariat ou des postes frontières — comme celles des introuvables — recherchées pour crime ou attentat.

 

*

 

V. connaissait présentement deux angoisses — l’une concernait la relation absurde qui l’unissait à cette vie où il se sentait si étranger — l’autre, sous la forme de la quête d’une femme dont il ne ressentait que l’absence.

il se voyait plonger dans cette maladie bipolaire comme seule réalité de son quotidien.

 

*

 

arrivant à la surface — alors qu’il ouvrait tout grand ses yeux à la véritable lumière du soleil — il s’aperçut que le jour ne s’était pas encore levé.

tout semblait pourtant normal, hormis l’absence injustifiée de l’astre du jour qui d’habitude se lèvait à l’est et se couchait de l’autre côté de la rue derrière la gare d’austerlitz, forcément.

 

*

 

c’était la première fois qu’il assistait à un pareil phénomène — ce manque de soleil faisait naitre en lui un énorme vide psychologique — il se sentait mal et ne parvenait plus à se raisonner.

en plus de la mélancolie qui l’accompagnait, depuis peu il appréhendait quelque chose de terrible qui gagnait du terrain en lui.

 

*

 

les portes du ministère des questions usagées restaient closes — V. retourna chez lui.

sur le chemin, il rencontra un bouquiniste ambulant — reconnaissable à son sac à dos vert en forme de caravane pliante.

aussitôt posée — aussitôt dépliée — une bibliothèque de type N-392-05 réglementaire s’offrit au regard de V. — il y trouva un livre de cuisine qui donnait la recette ancienne suivante :

 

> mon ange, m’amuse

bonheur de mes sens

présence invisible

j’ai tant besoin de toi

pendant ces heures assassines

mes yeux comme des fruits trop mûrs

pourrissent

dans mes orbites

que la laideur incurable du monde

contamine ...<

 

sans avoir terminé V. referma le livre — paya le bouquiniste et rentra.

 

*

 

une fois chez lui, il reprit la recette du livre de cuisine à l’endroit où il avait interrompu sa lecture

 

> ... la putréfaction qui s’en suit

une lente gangrène de larme

en l’âme transportée

comme une quête sans fin

dont le seul remède

serait de te voir.

 

ta beauté invisible à mes yeux

comme une maladie

une infaillible malédiction

l’entraine et me noie

dans une réalité couleur

de sang et de larmes mèlés. <

 

ces dernières lignes de la recette, séduisaient particulièrement V. qui se sentait sensible à cette cuisine-là.

 

*

 

c’était bien le meilleur livre de cuisine que V. avait lu jusqu’alors.

il se reconnaissait dans cette recette et s’imaginait maintenat que l’auteur l’avait écrite pour lui.

 

*

 

les attentats se multipliaient dans la ville et V. ne pouvait s’empêcher qu’ils étaient intimenet liés à la femme du rêve.

ce n’était pas forcément elle, mais il sentait qu’indirectement elle en était responsable — peut-être y avait-il quelqu’un quelque part, qui comme lui la recherchait...

 

extrait : 2/

 

**

V. remarqua la rivière, compagnie de fraicheur mutilée sur laquelle les feuilles aimaient à penser aux cadavres, chaque jour, rouge si rouge, sentait la beauté du crime.

 

**

 

V. connaissait l'absurde absence, seule réalité de la surface, l'astre du soleil en lui l'accompagnait.

 

**

 

en chemin, s'offrit au regard de V. un ange invisible de mes yeux qui en lente larme comme une quête de beauté l'entraine dans une couleur écrite pour lui, du rêve il était responsable...